Derrière chaque bouchée de baklava se cache une histoire longue de plusieurs siècles, traversant empires et frontières. Ce dessert feuilleté au miel et aux fruits secs n’appartient pas à un seul pays : il est le fruit d’influences perses, byzantines et ottomanes qui se sont entremêlées dans l’espace méditerranéen et moyen-oriental. Aujourd’hui encore, Turquie, Grèce et monde arabe se disputent sa paternité, révélant ainsi l’importance culturelle de cette pâtisserie bien au-delà de la gourmandise. Dans cet article, vous découvrirez comment le baklava est né, pourquoi son origine fait débat, et comment il est devenu l’emblème culinaire que l’on connaît. Vous comprendrez aussi les techniques qui racontent son voyage à travers les régions, et la place qu’il occupe encore dans les fêtes et traditions contemporaines.
Aux sources du baklava : situer son origine au-delà des mythes
L’origine exacte du baklava reste complexe à établir, car ce dessert s’inscrit dans une longue tradition de pâtisseries feuilletées qui traversent plusieurs civilisations anciennes. Les récits touristiques et les revendications nationales tendent à simplifier cette histoire, alors que la réalité historique révèle un héritage beaucoup plus composite. Pour comprendre d’où vient vraiment le baklava, il faut remonter aux empires qui ont façonné le Proche-Orient et la Méditerranée orientale.
D’où vient vraiment le baklava et à qui en attribuer l’origine
Les historiens spécialisés en gastronomie s’accordent pour situer l’émergence du baklava moderne dans l’empire ottoman, entre le XVe et le XVIe siècle. Cet empire multiethnique s’étendait de l’Anatolie jusqu’aux Balkans, en passant par le Levant et une partie du Maghreb, ce qui explique pourquoi tant de pays revendiquent aujourd’hui cette pâtisserie. Mais l’empire ottoman lui-même a hérité de traditions plus anciennes : les Perses préparaient déjà des douceurs à base de pâte fine et de miel, tandis que les influences turques venues d’Asie centrale ont apporté l’usage intensif des fruits secs.
Parler d’une invention strictement turque, grecque ou arabe serait donc anachronique. Le baklava est plutôt le produit d’un brassage culturel où Byzantins, Perses, Arabes et Turcs ont chacun apporté leur savoir-faire. Cette diversité explique les nombreuses variantes régionales qui existent encore aujourd’hui, chacune portant la trace d’un terroir et d’une histoire locale.
Les premières traces écrites de pâtisseries proches du baklava
Des textes anciens évoquent des desserts composés de couches de pâte et de fruits secs bien avant l’apparition du terme « baklava ». Les Assyriens auraient déjà préparé des gâteaux en couches minces cuits au four, arrosés de miel. Chez les Perses, on trouve mention de pâtisseries appelées lauzinaj, à base d’amandes et de sirop parfumé à l’eau de rose. Les Byzantins, héritiers de la cuisine romaine et grecque, connaissaient également des recettes de desserts feuilletés.
Cependant, c’est dans les registres des cuisines du palais de Topkapi à Istanbul que l’on retrouve les premières descriptions détaillées du baklava tel qu’on le connaît : fines couches de pâte, beurre fondu, pistaches ou noix concassées, et sirop sucré versé après cuisson. Ces documents datent du règne de Mehmed II et de Soliman le Magnifique, confirmant que le baklava était alors réservé aux grandes occasions et aux banquets impériaux.
Comment l’empire ottoman a façonné le baklava tel que nous le connaissons
Sous l’empire ottoman, le baklava devient une pâtisserie de prestige dont la confection exige un savoir-faire précis. Les cuisiniers de cour perfectionnent l’art d’étirer la pâte jusqu’à ce qu’elle soit presque translucide, permettant de superposer jusqu’à 40 couches dans une seule préparation. L’usage généreux de beurre clarifié et la qualité des pistaches d’Alep ou de Gaziantep en font un symbole de raffinement et de générosité.
Le baklava est alors servi lors du mois de Ramadan, pendant les cérémonies religieuses et lors des fêtes dynastiques. La tradition du « baklava alayı » consistait même à distribuer des plateaux entiers aux janissaires, les soldats d’élite de l’empire, en signe de reconnaissance. Cette dimension cérémonielle a renforcé le lien entre le baklava et les moments de célébration, un lien qui perdure encore aujourd’hui dans de nombreuses cultures.
Baklava entre Turquie, Grèce et monde arabe : un patrimoine disputé

La question de l’origine du baklava dépasse largement le cadre culinaire. Elle touche aux identités nationales, aux héritages culturels et parfois même à la diplomatie. Turquie, Grèce et pays arabes s’affrontent régulièrement sur la scène médiatique pour revendiquer ce dessert emblématique, alors même que son histoire démontre qu’il appartient à un espace géographique et culturel partagé.
Pourquoi la Turquie revendique le baklava comme spécialité emblématique nationale
La Turquie se positionne comme héritière directe de l’empire ottoman, ce qui lui donne un argument historique solide. Istanbul, ancienne Constantinople puis capitale ottomane, concentrait les meilleurs artisans et pâtissiers de l’empire. La ville de Gaziantep, dans le sud-est de l’Anatolie, s’est imposée comme le centre de production du baklava à la pistache le plus réputé au monde. En 2013, l’Union européenne a d’ailleurs accordé une indication géographique protégée au « Antep Baklavası », reconnaissant officiellement son ancrage territorial.
Cette reconnaissance renforce la position turque selon laquelle le baklava serait avant tout une création anatolienne, même si sa diffusion a largement dépassé les frontières de la Turquie moderne. Les pâtisseries turques exportent désormais leur baklava dans le monde entier, et le gouvernement turc n’hésite pas à promouvoir cette spécialité comme ambassadeur culinaire national.
Comment la Grèce et les Balkans réinterprètent l’histoire du baklava
En Grèce, le baklava est perçu comme une pâtisserie traditionnelle grecque, présente dans les foyers depuis des générations. Certains historiens grecs soulignent la continuité avec les recettes byzantines et les influences méditerranéennes antérieures à l’arrivée des Ottomans. Pour eux, les Grecs auraient adapté et perfectionné des recettes existantes, intégrant notamment l’usage du miel grec et des noix locales.
Dans les Balkans, particulièrement en Bosnie-Herzégovine, en Albanie ou en Macédoine du Nord, le baklava est solidement ancré dans la culture culinaire locale. Plusieurs siècles de présence ottomane ont naturalisé cette pâtisserie au point qu’elle est souvent considérée comme « locale » plutôt qu’importée. Les versions balkaniques se distinguent parfois par l’ajout de cannelle ou l’usage de noix au lieu de pistaches, témoignant d’une adaptation aux ressources régionales.
Le baklava dans le monde arabe : héritage partagé ou appropriation moderne
Au Levant, en Syrie, au Liban, en Jordanie ou en Palestine, le baklava s’inscrit dans une vaste famille de pâtisseries orientales appelées halawiyat. Il y côtoie le knafeh, les mamoul ou les karabij, formant un ensemble cohérent de douceurs à base de pâte fine, fruits secs et sirop. Ici, le baklava n’est pas tant revendiqué comme une spécialité nationale unique que comme une composante d’un patrimoine culinaire moyen-oriental partagé.
Les diasporas arabes ont joué un rôle majeur dans la diffusion du baklava en Occident. Dans les grandes villes européennes, nord-américaines ou australiennes, les pâtisseries libanaises ou syriennes proposent du baklava présenté comme « arabe » ou « oriental », participant ainsi à la construction d’une image du Moyen-Orient comme terre de desserts raffinés. Cette perception contribue parfois à effacer la complexité historique au profit d’une identité régionale simplifiée mais commercialement efficace.
Techniques, ingrédients et variantes régionales qui racontent son origine

Comprendre l’origine du baklava passe aussi par l’observation minutieuse de sa fabrication et de ses composants. Chaque ingrédient, chaque geste technique porte la marque d’un territoire et d’une tradition. Les variantes régionales ne sont pas de simples adaptations : elles révèlent comment le baklava a voyagé et s’est enraciné dans des cultures différentes.
Comment les ingrédients clés du baklava éclairent son ancrage géographique
Le baklava classique repose sur trois piliers : une pâte extrêmement fine, des fruits secs concassés et un sirop sucré. La nature de ces fruits secs varie selon les régions et témoigne des ressources agricoles locales. En Anatolie orientale, particulièrement à Gaziantep, la pistache verte domine et donne au baklava sa couleur et son goût caractéristiques. En Grèce et dans les Balkans, les noix sont plus courantes, accompagnées parfois d’amandes ou de noisettes.
Le sirop diffère également : certains préfèrent un sirop au miel pur, d’autres un mélange sucre-eau parfumé à l’eau de rose ou à la fleur d’oranger. Au Liban, l’ajout d’eau de rose dans le sirop est presque systématique, alors qu’en Turquie, on privilégie souvent un sirop plus neutre pour laisser s’exprimer le goût des pistaches. Ces nuances aromatiques reflètent les influences perses pour l’eau de rose, méditerranéennes pour le miel, et anatoliennes pour la sobriété sucrée.
De la pâte filo traditionnelle aux feuilles industrielles modernes
La pâte filo, appelée yufka en turc, constitue le cœur technique du baklava. Sa préparation artisanale demande un savoir-faire transmis de génération en génération : il faut pétrir la pâte longuement, la laisser reposer, puis l’étirer sur une grande surface jusqu’à obtenir une épaisseur quasi transparente. Ce travail exige espace, temps et maîtrise, ce qui explique pourquoi le baklava était autrefois réservé aux grandes occasions.
Aujourd’hui, les feuilles de pâte filo industrielles ont démocratisé la fabrication du baklava à domicile. Elles permettent de préparer cette pâtisserie en quelques heures plutôt qu’en plusieurs jours. Toutefois, les puristes continuent de défendre la pâte faite à la main, considérant qu’elle seule garantit la texture aérienne et croustillante typique d’un baklava de qualité. Certains ateliers à Gaziantep, Athènes ou Alep perpétuent cette tradition artisanale, attirant une clientèle prête à payer plus cher pour cette authenticité.
Formes, découpes et présentations qui trahissent les influences régionales
Le baklava ne se présente pas toujours sous forme de losanges. Chaque région a développé ses propres codes de découpe et de présentation, qui permettent souvent d’identifier la provenance d’un plateau. Les losanges sont typiques de la tradition turque et levantine, tandis que les carrés se retrouvent davantage en Grèce. Les bülbül yuvası (nids de rossignol) ou les sarma (rouleaux) sont des variantes turques enroulées qui contiennent généralement des pistaches.
Au Liban et en Syrie, on trouve des versions en petits rouleaux appelés fingers ou des formes rondes garnies de pistaches ou de noix de cajou. Ces variations ne sont pas anodines : elles correspondent souvent à des occasions spécifiques (mariages, fêtes religieuses) ou à des clientèles particulières (expatriés, touristes). La présentation visuelle du baklava devient ainsi un marqueur identitaire autant qu’un argument commercial.
| Région | Fruits secs dominants | Forme typique | Particularité du sirop |
|---|---|---|---|
| Gaziantep (Turquie) | Pistaches vertes | Losanges | Sirop léger, peu parfumé |
| Grèce | Noix | Carrés | Miel ou sirop au miel |
| Liban/Syrie | Pistaches, noix de cajou | Rouleaux, losanges | Eau de rose ou fleur d’oranger |
| Balkans | Noix, noisettes | Losanges, carrés | Sirop épicé (cannelle) |
Signification culturelle et voyage contemporain d’un dessert millénaire
Au-delà de ses ingrédients et de sa recette, le baklava incarne des valeurs sociales et culturelles profondément ancrées. Il symbolise la générosité, l’hospitalité et le raffinement, occupant une place centrale dans les rituels festifs et familiaux. Son voyage à travers les continents en fait aujourd’hui un produit mondialisé, tout en restant un marqueur identitaire fort pour les communautés d’origine.
Pourquoi le baklava est associé aux fêtes religieuses et aux grands événements
Dans de nombreux pays musulmans, le baklava est indissociable des célébrations du Ramadan et de l’Aïd. Sa richesse en sucre, beurre et fruits secs en fait un aliment énergétique apprécié après une journée de jeûne. Offrir du baklava à ses invités ou à sa famille est un signe de respect et de générosité, témoignant de l’attention portée aux proches.
Lors des mariages ou des naissances, le baklava est également présent sur les tables, souvent accompagné d’autres pâtisseries orientales. Cette dimension cérémonielle renforce son statut de dessert exceptionnel, réservé aux moments importants de la vie sociale et religieuse. Même dans les communautés grecques orthodoxes, le baklava apparaît lors de Pâques ou de certaines fêtes patronales, montrant que son rôle dépasse les frontières confessionnelles.
Comment le baklava s’est mondialement diffusé avec les diasporas et le tourisme
Les migrations turques, grecques et arabes des XIXe et XXe siècles ont transporté le baklava dans les grandes métropoles occidentales. À Paris, Londres, Berlin, New York ou Melbourne, les pâtisseries orientales proposent du baklava comme produit phare, souvent vitrine de leur savoir-faire. Ce dessert est devenu une porte d’entrée vers d’autres spécialités moins connues, attirant une clientèle curieuse de découvrir les saveurs du Proche-Orient.
Le tourisme a également joué un rôle majeur. Les voyageurs en Turquie, en Grèce ou au Liban ramènent souvent du baklava comme souvenir gustatif, contribuant à sa popularité mondiale. Les chaînes de pâtisseries turques se sont implantées dans plusieurs pays, standardisant partiellement la recette mais élargissant considérablement son public. Aujourd’hui, on trouve du baklava dans les supermarchés occidentaux, preuve de son intégration dans les habitudes alimentaires globales.
Le baklava entre patrimoine immatériel, marketing et enjeux d’authenticité
La reconnaissance du baklava de Gaziantep comme indication géographique protégée illustre la volonté de certains acteurs de défendre un savoir-faire spécifique contre la standardisation industrielle. Cette démarche patrimoniale vise à garantir la qualité des ingrédients, notamment la pistache verte locale, et à valoriser les méthodes artisanales traditionnelles.
Parallèlement, le marketing joue souvent sur l’authenticité, parfois en exagérant les liens historiques ou en simplifiant les héritages culturels. Certains produits vendus comme « baklava turc authentique » ou « baklava grec traditionnel » peuvent en réalité provenir d’usines industrielles sans lien direct avec les terroirs revendiqués. Pour le consommateur, comprendre l’histoire complexe et partagée du baklava permet d’apprécier cette pâtisserie au-delà des querelles nationalistes, comme un pont entre cultures et un témoignage vivant de siècles d’échanges méditerranéens et moyen-orientaux.
En fin de compte, l’origine du baklava ne se réduit pas à un seul pays ou à une seule époque. Elle se déploie à travers un réseau d’influences croisées, de migrations et d’adaptations locales qui enrichissent ce dessert au lieu de l’appauvrir. Reconnaître cette diversité, c’est rendre hommage à tous ceux qui, depuis des siècles, préparent et partagent le baklava comme un geste d’hospitalité et de transmission culturelle.
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